Bentolila, porteur de valises libérales et réactionnaires

mercredi 6 février 2008
par  Bernard Lebrun
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Mais qui sont ces « enfants-là », ceux qui « arrivent à l’école déjà résignés à n’avoir aucune prise sur le monde », « qui ont déjà renoncé à la conquête collective du sens », « dont les questions sont restées sans réponses », qui sont dans « une grande insécurité linguistique » et manifestent un « déficit culturel » parce qu’ils ont vécu « dans un contexte familial de silence et d’indifférence », qui n’ont pas eu « la chance » dans leur vie familiale de rencontrer « des médiateurs bienveillants, attentifs et éclairés », pour lesquels l’école maternelle est le « seul lieu où on (leur) adresse une parole apaisée, articulée et ouverte à (leur) compréhension ».... ces enfants dont les parents devront « renoncer à leurs petites lâchetés quotidiennes », et nous laisser espérer que grâce à l’école maternelle ils cesseront « de n’avoir comme principal sujet de conversation la dernière exclusion de la Ferme des Célébrités ou de la Star Académy » et pourront venir « s’exprimer à l’école » ? Bien sûr on les a reconnus les handicapés socio-culturels, ceux qui manquent de goût, de talent, de mérite, ces enfants de milieux populaires qui ne savent saisir leurs chances, qui ne sont plus des sujets en construction mais des problèmes à résoudre.

Le mépris de classe n’est pas la seule particularité de ce rapport. L’ignorance (feinte ou réelle ?) permet de balayer trente ans de recherches. Au diable les théories de la reproduction : l’école maternelle est a-historique, a-sociale. Du point de vue du rapport au savoir ces élèves sont déficients. La preuve : ils manquent de vocabulaire, de syntaxe, de culture, de perspectives (comme les africains ou comme les athées dirait le président) et pour eux il faut « mettre en place une logique compensatrice ». Excentricités de chercheur que de définir le langage comme une pratique sociale pour penser le monde avec les autres, la culture écrite comme nouveau rapport au monde, qui permet de mettre l’expérience à distance pour la penser. Non, ces élèves devront apprendre à « communiquer » avec des étudiants recrutés pour cela et « peu importera le thème » car ce qui compte c’est « la bonne tenue du discours ». La référence à l’écrit renvoie à la graphie, ou à la rencontre de textes classiques (préférables aux albums contemporains comme si classique signifiait un peu hâtivement qualité et contemporanéité médiocrité).... sans que soit interrogée la nature des difficultés des élèves de milieux populaires dans ce changement radical de posture que leur demande l’entrée dans la culture écrite.

Les « préconisations » sont aussi indigentes que réactionnaires. L’école de Monsieur Bentolila et de sa commission est une école de la normalisation, de la mise en conformité tant sur le plan comportemental que cognitif, sur la base d’un SMIC culturel, où il s’agit d’abord d’inculquer aux élèves des informations, au mieux des connaissances sans que jamais ne soit sollicitées leurs capacités à penser, imaginer, inventer... Le statut d’élève est d’abord défini par le respect du matériel, des lieux des horaires. Les apprentissages ne viennent qu’ensuite. On est loin ici de la nécessaire normativité qui pose le cadre de l’étude et permet à chacun d’entrer dans les apprentissages, d’acquérir des savoirs cognitifs et instrumentaux. Dans cette école maternelle les élèves devront apprendre un mot de vocabulaire par jour, identifier un mot dans un texte, parler pour ne rien dire ou apprendre que parler c’est communiquer. Ils devront refaire les exercices faux, mais faire et refaire c’est toujours... faire, or précisément à l’école maternelle il s’agit de passer du faire à l’apprendre, de l’action à la réflexion sur l’action. Ils penseront qu’écrire c’est d’abord s’entraîner à « un graphisme attentif des lettres » qui, s’il est nécessaire, ne permet en aucun cas de comprendre le sens et la fonction de l’écrit. Ils croiront que lire c’est d’abord « élucider les mécanismes du code écrit » avant que de construire du sens. Quant aux enfants issus de l’immigration, ils bénéficieront de contes bilingues comme « outil thérapeutique ».

L’école maternelle de Monsieur Bentolila et de sa commission est une école réduite à une pauvre technicité, d’où toute ambition culturelle est bannie, toute réflexion pédagogique abolie, où revient cette conception erronée qu’apprendre serait aller du simple au complexe. Les enseignants, à la condition qu’ils n’espèrent plus que « l’enseignement y sera plus facile et la vie plus douce » prendront des cours de diction, devront mener deux ateliers par jour, mais pour quoi faire ? Pour quels contenus d’apprentissage ? La question n’est pas du nombre des ateliers mais bien de ce qui s’y passe car on sait que les modalités d’apprentissage dans ces ateliers renvoient à l’individualisation, individualisation dont l’équipe Escol a montré les effets particulièrement discriminants . Dans cette école, chaque parent sera contraint à des rencontres de 10 minutes pour parler à propos de son enfant « de son comportement, de sa santé, de ses goûts, de ses inquiétudes »...mais pas de ses apprentissages !

Il ne sert sans doute à rien de relever tout ce qui dans le rapport relève strictement de choix idéologiques si ce n’est de se convaincre que des universitaires, des inspecteurs peuvent se livrer à une telle indignité. C’est bien une école à deux vitesses qui est prônée, en parfaire cohérence avec les orientations du socle commun, la fin du collège unique, la marginalisation scolaire (PPRE), les deux heures supplémentaires en élémentaire (sur quels contenus ?) pour les élèves que la nouvelle rhétorique désigne comme « fragiles ». Une école justifiée par la naturalisation de difficultés que l’on sait socialement construites. Mais il ne s’agit pas de remettre en cause l’ordre des choses : les enfants de pauvres sont fatalement (génétiquement ?) de pauvres élèves. La logique à l’oeuvre est celle de la compensation, à minima, lorsque les élèves ne sont pensés que comme des êtres de manque, incomplets, mal fabriqués, mal élevés... La culpabilisation des élèves, des parents, des enseignants, comme autant de boucs émissaires, masque mal le refus de s’attaquer à la nature des difficultés en invoquant toujours les mêmes causes, réelles ou supposées : car si des déterminismes sociaux, culturels existent, la preuve reste à faire de leur fatalité. Revendiquer pour tous l’entrée dans les apprentissages scolaires à l’école maternelle c’est se donner les moyens matériels, intellectuels, de formation pour que chaque enfant, d’où qu’il vienne, soit doté par l’école des outils instrumentaux et cognitifs dont certains ont hérité dans leur milieu d’origine.


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