Calais : d’un camp à l’autre, les murs barbelés de la honte.

vendredi 28 août 2015
par  Catherine Le Gall
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2002, fermeture du centre d’accueil des réfugiés de la Croix Rouge de Sangatte à côté de Calais, suivi du traité franco-britannique du Touquet de 2003 entérinant des accords renforçant les contrôles des migrants au départ de la France et déplaçant de fait la frontière de la Grande Bretagne à Calais. 12 ans après, la situation est devenue catastrophique, le flux de migrants n’a jamais cessé, les arrivants se sont déplacés de camps de fortune en camps de fortune, du centre de Calais aux périphéries et aux zones industrielles selon le bon vouloir des autorités qui reproduisent la technique de la terre brûlée dès l’exaspération des riverains ou la survenue de problèmes sanitaires. Actuellement, 120 femmes et enfants (il y en a bien plus à Calais) sont accueillis jour et nuit au camp Jules Ferry, ancien centre aéré de Calais situé à plus de 6km du centre ville. Pour les hommes, un bidonville officiel, une nouvelle « jungle », est toléré juste à côté de ce centre. Ces conditions d’accueil des migrants sont indignes d’un pays civilisé comme le nôtre.

Depuis 4 ans, la multiplication des guerres aux portes de l’Europe a mis en évidence aux yeux du monde le manque de prise en charge par l’État français de la situation. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder le nombre d’associations humanitaires qui viennent à Calais pour aider ces migrants ; un nombre croissant de français se déplacent à Calais pour soutenir les associations comme ceux qui, il y a 20 ans, allaient dans les pays du Tiers-Monde pour l’aide humanitaire. Le HCR (Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies) a officiellement condamné la France pour son manque de prise en charge des migrants.

Mais pour se rendre compte de ce qu’est devenue cette frontière entre l’Angleterre et la France, il suffit d’aller sur le port de Calais ou autour du Tunnel sous la Manche : une double rangée de grillage de plus de 4 mètres de haut surmontée de barbelés avec lames à rasoirs, un nombre de policiers ou CRS important (ils sont aujourd’hui 1300 affectés à Calais) pour la surveiller. Certains, sans excès de langage, pourraient dire qu’il ne manque que des miradors à ces installations, mais les caméras ou autres détecteurs sont là pour les remplacer. Et derrière ces barrières de la honte, entre 2500 et 4000 migrants qui espèrent un monde meilleur. Et que dire des mêmes hommes ou femmes politiques qui s’insurgeaient ou s’insurgent toujours contre le mur entre Israël et la Palestine , les États-Unis et le Mexique mais qui laissent se construire les mêmes murs en Europe, entre la France et l’Angleterre ou à Gibraltar.
Le gouvernement français nous dit qu’il agit ... Le jeudi 20 août 2015, nouvelle réponse de celui-ci : un nouvel accord entre la France et la Grande Bretagne va accentuer les contrôles au port de Calais et au tunnel sous la Manche, des moyens pour encore plus de répression envers les migrants. Ce tout sécuritaire semble être, à la fois, une réponse aux demandes du PDG d’Eurotunnel qui trouve que la surveillance du site lui est trop onéreuse, mais également un moyen de capter des voix pour les prochaines élections.

Il est également prévu davantage de moyens pour la lutte contre les passeurs qui doivent être sanctionnés pour leur exploitation de la misère mais leur condamnation ne la fera pas disparaître pour autant. Et ce n’est pas les quelques moyens supplémentaires alloués aux migrants ni le fait de criminaliser leur accueil chez les particuliers qui feront changer la situation de ces demandeurs d’asile en Europe. Face à cette situation, le gouvernement français ne fait que suivre les chemins préconisés par la droite ou l’extrême droite qui prônent davantage de rigueur face à ces réfugiés. Il faudrait leur rendre la vie dure pour qu’ils comprennent que l’on ne veut pas d’eux autant à Calais qu’à Menton à la frontière franco italienne.
La seule solution serait-elle donc davantage de barrières ou de murs ? Et comme il est martelé dans nombre de médias, la France a-t-elle les moyens de s’occuper de ces gens-là ?

Tordons le cou à quelques idées reçues véhiculées par ceux qui ne veulent pas voir la misère ou la détresse de ces migrants et rappelons d’abord que les valeurs de solidarité en France sont inscrites dans la Constitution de notre pays et que la France, terre d’accueil, ce ne sont pas seulement des paroles mais des actes comme ce fut le cas dans les années 1970 où, dans un contexte de refus de l’immigration économique, l’État français a organisé l’accueil de 50 000 cambodgiens.
Autre idée véhiculée : si la France les prend en charge, on va créer un appel d’air et un afflux massif des migrants ? Le nombre croissant de migrants sur les côtes d’Italie ou de Grèce contredit cet argument. De plus, les migrants ont, à Calais, des conditions de vie de plus en plus difficiles et ils y sont pourtant de plus en plus nombreux. Quand un migrant fuit devant l’arrivée de la guerre, quand il prend des risques considérables pour arriver en France ou en Italie ou en Grèce, les conditions des pays d’accueil ne sont pas sa seule priorité. Il fuit pour espérer un monde meilleur pour lui et sa famille, juste un endroit où il pourra vivre sans risquer sa vie ni celle de ses proches.

Certes, mais maintenant, on nous répète que l’État français est endetté et n’aurait plus les moyens de payer alors même que des pays beaucoup moins riches comme la Grèce ou à l’extérieur de l’UE, le Liban ou la Turquie, prennent actuellement en charge la grande majorité des migrants. On retrouve ici le même argument utilisé et réutilisé qui impose aux pays européens comme la Grèce ou la France, une politique de rigueur. Les effets de cette politique sont catastrophiques, pas seulement pour les migrants mais aussi pour la population française. La France est un pays riche, les profits des entreprises du CAC40 ne cessent de grimper tout comme les inégalités entre le Capital et le Travail. Les mesures d’austérité qui incitent à diminuer les impôts (CICE,CIR et autres subventions) ont permis d’accentuer la richesse des plus riches qui s’empressent de quitter la solidarité nationale dès qu’ils le peuvent comme le démontrent les chiffres de la fraude fiscale. Comme les français dans la détresse sociale, les migrants doivent être pris en charge, ils ne sont pas une sous-classe de résidents français qui méritent ce qu’il leur arrive. C’est le même capitalisme, souvent responsable de ces exodes, qui prône une responsabilité supposée de celui qui est en difficulté et cet argument est décliné, pour tout ce qui coûte trop cher en France : le travailleur sans emploi, l’Éducation, les fonctionnaires dont les salaires sont gelés mais aussi la Sécu, la santé... les services publics.

Et les Calaisiens : comment vivent-ils cela ? Les lois françaises interdisent le secours aux étrangers au sein de son foyer et nombre d’habitants interviennent dans les associations d’aide. Beaucoup sont sensibles à la situation des migrants mais beaucoup sont également socialement défavorisés. D’autres, avec un regard bienveillant de la municipalité, déversent leur flot de haine et prônent la violence et le rejet comme le collectif "Sauvons Calais", mais ils ne représentent pas la majorité des Calaisiens. Il suffisait d’être présent ce samedi 8 Août 2015 lors de la manifestation en hommage aux migrants morts cet été sur les autoroutes autour de calais ou en tentant de monter dans les trains au niveau du tunnel sous la Manche pour se rendre compte de la bienveillance d’une grande partie de la population. Contrairement aux images que colportent certains médias ou partis politiques, une majorité des Calaisiens ne vivent pas avec un sentiment d’insécurité qui serait dû à la présence des migrants.

Pour toutes ces raisons, la FSU défend les valeurs qui ont prévalu après la seconde guerre mondiale où les bases d’une société plus juste, plus égalitaire et plus redistributive des richesses ont été développées en France. La FSU soutient les associations qui, auprès des migrants, mettent en pratique des valeurs humanitaires et solidaires, ciment indispensable de notre démocratie.

L’arrivée de migrants à Calais ou ailleurs, n’est pas un phénomène ponctuel. On peut déjà prévoir que, dans les décennies à venir, les mouvements migratoires (provoqués par les guerres, les dictatures, voire par les catastrophes climatiques) vont s’accentuer. La France et l’Union Européenne se déshonoreraient à ne répondre à ces populations en exil qu’à coup de barbelés et de compagnies de CRS. La FSU exige une réelle prise en charge des migrants dans le cadre national mais aussi au niveau européen sur la base de la solidarité entre les peuples. L’accueil proposé à ces migrants doit respecter leur dignité. Quel sens donner sinon à une Europe incapable d’accueillir les victimes de conflits et de guerres qu’elle n’a pas su empêcher et qu’elle a parfois même contribué à développer ? Ce que nous vivons actuellement à l’échelle de Calais comme à l’échelle européenne est tout simplement une honte au regard de toutes les valeurs démocratiques et des droits de l’homme les plus élémentaires.


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