Campagne : "Travailler tue en toute impunité : pour combien de temps encore ?"

mercredi 15 avril 2009
par  Bernard Lebrun
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« Matériaux » naturellement libres de droits édités par la fondation copernic qui ont vocation à circuler le plus largement possible

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Quand Jérôme est mort en travaillant…

Par Pascal Bianco, frère de Jérôme Bianco, décédé d’un accident du travail, faute d’un dispositif de sécurité suffisant sur une nacelle de nettoyage.

Le 2 août 2006 notre vie a basculé. En fin d’après midi un simple appel sur mon portable me disait « Jérôme est mort ».
Ces trois mots terribles marqueront à jamais ma vie. Mon frère, celui avec lequel nous avions partagé tant de joie et tant de peine, n’était plus là.
Jérôme était toujours à l’écoute des autres, disponible, d’une vitalité débordante, un condensé de vie pour rendre service aux autres. Tout cela caché derrière une timidité et une retenue qui ne pouvait qu’attirer l’affection.
Sur les photos, il irradie l’énergie, même sur les plus anciennes, comme sur celles prisent à l’occasion d’une fête dans les Vosges et qui porte au dos un autographe du chanteur Renaud. Mon frère a 2 ans, et le soleil rougissant de la fin d’après midi met en valeur sa chevelure blonde et son sourire radieux.

Nous sommes arrivés à Vitrolles en septembre 1980.
C’est le travail de mon père qui nous y a conduit. Nous avons immédiatement habité au quartier des Pins. C’est là que nous avons rencontré la solidarité et la diversité du quartier.
Il n’était pas rare que Toko, Djamel Oscar, Thomas, nos amis et les amis de Jérôme dorment à la maison. Toute la famille c’est investie dans la vie du quartier, la maman à la bibliothèque de rue, mon père à la CNL, avec Maxime Chaigne le prêtre ouvrier du quartier, et à la cellule du parti Communiste Français.

Jérôme et moi nous avons particulièrement pleuré deux fois, la première pour le décès de notre maman, la seconde le jour où Vitrolles a dû subir l’outrage de la victoire des Megret.
Après ce coup de massue, nous nous sommes vite ressaisis et pour nous le mot résistance c’est imposée naturellement.
Parfois, c’est physiquement qu’il fallait s’imposer sur le marché pour faire respecter la liberté d’expression et Jérôme n’était pas le dernier.
Après cinq années de lutte acharnée contre les idées d’extrême droite, le rassemblement des citoyens vitrollais a permis la victoire et le retour des valeurs de la république dans notre ville.
Ce soir là, nous n’étions pas les seuls à essuyer des larmes de joie. Au mois de mars 2008 mon frère aurait été fier de mon élection au conseil municipal de Vitrolles.

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Pourquoi, lorsque "travailler tue", cela ne fait pas scandale - Quelques mécanisme sociologiques pour comprendre

Par Violaine Roussel, maître de conférence en science politique à l’université Paris VIII - INTERVENTION LORS DU FORUM COPERNIC DU 21 MARS.

Mon propos est ici de cerner les conditions sociales qui peuvent faire qu’une réalité qui nous choque, « travailler tue » - connue, objectivée et exposée à travers de nombreux témoignages et travaux - devienne un scandale public. Force est de constater qu’elle est souvent au contraire tue, et que l’exposition publique des conséquences des configurations de travail ne se fait, quand elle intervient, que très ponctuellement, autour d’affaires précises déconnectées, bien souvent, d’une remise en question d’ordre général : « l’amiante tue » se substitue alors à un énoncé du type « les relations de pouvoir au travail, qui se traduisent notamment l’exposition des corps des travailleurs à des risques mortels, tuent ».

Ceci est indiscutablement lié au rapport de force idéologique que nous connaissons aujourd’hui, qui fait l’actualité de l’article co-signé par Luc Boltanski et Pierre Bourdieu en 1976 sur la production de l’idéologie dominante et sur la force de catégories de pensée qui s’imposent, empêchant de formuler certaines réalités publiquement [1] : une critique sociale d’ampleur a ainsi très peu de chances d’être médiatiquement relayée et donc d’être entendue si elle ne prend pas la « bonne forme » de l’information qui « intéresse les médias » et paraît légitime, c’est-à-dire « raisonnable » et « responsable », aux détenteurs de l’autorité pour parler publiquement.

Il n’en demeure pas moins que certains scandales émergent autour de violences et d’accidents au travail, autour de la destruction de la santé d’individus au travail, et je voudrais maintenant revenir sur les mécanismes qui facilitent, permettent ou empêchent la constitution de ces controverses publiques. Je les saisis à partir de terrains d’étude qui ne sont pas habituellement ceux de l’analyse de la mise en danger au travail, en tant que sociologue des scandales en matière politico-financière, d’une part, et en matière de santé et de sécurité publique, d’autre part [2]. Dans ces domaines, des responsables publics et des élus ont été mis en cause devant la justice, parfois condamnés, et ont été cœur de scandales médiatiques. Les faits en question – dans l’ensemble des domaines concernés d’ailleurs, y compris en matière économique et financière – faisaient très rarement écho à des situations ou à des drames radicalement nouveaux, c’était leur « portée scandaleuse », leur médiatisation comme problème public périlleux, choquant et urgent, qui était bien plutôt nouvelle.

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Intervention enregistrée de Annie Thébaud-Mony au séminaire Copernic (Mai 2008) : Le travail, lieu de violence et de mort


Campagne !

Par Caroline Mécary et Willy Pelletier, coordination générale de la Fondation Copernic

Chaque jour, depuis des dizaines d’années, des salariés meurent deux fois. Leurs familles souffrent deux fois. Ce sont des mots. C’était la vie de Jérôme Bianco. Qui meurt en lavant des vitres. Qui tombe d’une nacelle. Parce que L’Oréal fait des « économies » sur les rambardes de sécurité et utilise un sous-traitant. Lequel, à son tour, fait des économies sur la formation et les équipements de protection. Et puis, là, au Technocentre Renault-Guyancourt, c’est un salarié qui saute du 5ème étage devant ses collègues, victime d’impératifs de productivité intenables, et des harcèlements qui vont avec. Le lendemain, pour relaxer ses collègues, dans le Hall du Technocentre, un piano convoqué par la direction, jouait de la musique d’ambiance ! Kafka new look version DRH « trop cool ». Pas un jour sans morts au travail (2 quotidiennement). Pas un jour sans cette seconde mort, cette souffrance supplémentaire, inouïe, inacceptable, qu’est ce silence de plomb qui accompagne les morts liées au travail. Et puis, arrivent les réparations judiciaires qui ne réparent rien : du sursis pour les entreprises, des amendes dérisoires pour une vie…bref le laissez-faire et le mépris ; les sous-traitants pour remparts aux donneurs d’ordre. Et encore. A condition que l’affaire aille aux tribunaux, et que les pressions d’entreprise ne découragent pas les familles. Silence, on tue. Circulez, rien à voir, nul n’est responsable, personne n’est coupable (à moins que ce ne soit le salarié décédé…). Cela suffit !

Deux morts par jour d’accidents du travail, deux suicides par jour liés au travail, cela suffit ! Huit morts par jour d’exposition à l’amiante, et combien, aujourd’hui même, d’exposés aux radiations dissimulées dans les centrales nucléaires. Les peintures cancérigènes, les sans-papiers « corvéables à merci » dans le BTP ou l’agriculture, cela suffit. Et cette impunité systématique des entreprises…quand piétiner la pelouse de Christian Clavier, en Corse, mobilise l’Etat.

Travailler tue, en toute impunité. Mais le silence - qui rend ce scandale possible - est aussi notre faute : nous n’avons pas pu, nous n’avons pas su, nous n’avons pas encore (sauf pour l’amiante) créé le rapport de force qui rende ce silence impossible. Et c’est maintenant, précisément, ce que nous avons à faire : fabriquer la force du nombre qui bouscule le silence et oblige la loi à changer ou à être appliquée.

Nous sommes 3400 à avoir signé l’Appel « Travailler Tue, en toute impunité ». Il faut pour la fin de l’année, ajouter un 0 à ce chiffre. Donc, mener campagne ! A Marseille, Calais, Grenoble, Lille, Beauvais, Bordeaux, Rodez, Saint-Denis, Saint-Nazaire, Mulhouse…et même à Neuilly. Comment l’organiser ? De la plus simple des façons. Comme elle s’organisa après l’Appel Copernic contre la constitution européenne. Par des initiatives locales à géométries variables. Ici, ce seront les amis du Diplo qui piloteront avec Attac, ici peut-être une section CGT, ici peut-être un groupe NPA, ici la section Sud, là le Parti de Gauche, là encore le PCF… et tous ensemble dans certaines localités, quelques-uns ensemble dans d’autres. A Copernic, nous allons solliciter partout l’organisation locale de ces réunions. Mais Copernic doit être dépassée.

La Fondation Copernic doit jouer tout son rôle, lancer l’alerte, avec et après bien d’autres d’ailleurs. Faire trait d’union, proposer des contre-expertises, ramasser les signatures, mettre en communication. Nous continuerons. La cause que nous défendons néanmoins nous dépasse. Elle dépasse telle ou telle organisation. Elle dépasse Copernic. Elle ne gagnera qu’autant qu’elle deviendra bien commun. Ce qui serait bien légitime puisqu’elle vise le bien commun.

La campagne « Travailler tue » débutera à bas bruit. Soit. Mais tenons-là. Tenons-là longtemps. Et si nous la tenons, si nous la tenons longtemps, elle fera du bruit, de ce bruit que tous les puissants d’entreprises, de presse, ou de tribunaux, craignent et étouffent.


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Mél : fsu72@fsu.fr

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