Centre de rétention administratif : des prisons, zones de non droit qui ne disent pas leurs noms

dimanche 2 mars 2008
par  Bernard Lebrun
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Depuis le mois de décembre, des mouvements de protestation agitent les CRA. Briser le mur du silence qui entoure ces lieux d’enfermement (pire que les prisons selon les témoignages) et de non droit, qui à l’occasion servent de terrain d’expérimentation à la police (on vient d’y utiliser un tazer), est une impérieuse nécessité. Faites connaître ces infos !

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Communiqué des grévistes de la faim du centre de rétention de Vincennes, le mercredi 20 février 2007


Nous avons l’honneur de vous informer que l’on vit une situation très difficile et catastrophique. Le manque de la moindre des choses, la nourriture, les chambres sans chauffage, pas d’eau chaude, l’hygiène, les provocations des services de l’ordre et la chose la plus importante : la privation de notre liberté. Dans le centre de rétention des chambres ont été incendiées. Un coran a été déchiré par les CRS. On a pas eu de réponse satisfaisante à notre égard de monsieur le procureur de la république. Après notre témoignage, c’est comme si rien ne s’était passé. Quand nous sommes malades, les médecins ne nous donnent que du doliprane et des cachets pour dormir. On a 90% des détenus qui sont musulmans, ils nous servent de la viande pas hallal. Après trop de demande et des grèves, personne ne nous a écouté. Le manque de courtoisie bien que nous sommes dans un centre de rétention et pas pénitentiaire, mais c’est le contraire qu’on subit et de cela on garde un sentiment de mépris.

Pour toutes ces raisons nous demandons à tous les medias qu’ils soient au courant et qu’ils écoutent les témoignages des retenus. Nous exigeons notre libération et nous commençons une grève de la faim qui durera un délai de 4 jours. Notre place n’est pas ici mais dehors.


Taser en rétention: violence à l’abri des regards

Alain Morice, anthropologue au CNRS, réagit à l'utilisation de pistolets Taser au centre de rétention de Vincennes, confirmée par la police, mardi 26 février.

Un pas en avant a ainsi été franchi dans la nuit du 11 février 2008 avec l’apparition du Taser comme moyen de répression. Nous avons en effet appris par la presse et par Internet que des tirs au fusil Taser auraient été effectués récemment au centre de rétention administrative (CRA) de Vincennes, près de Paris.

Ce CRA est actuellement le site d’une résistance ardue et courageuse de la part de personnes de nationalité étrangère en instance d’expulsion, qui affirment être soumises à de mauvais traitements systématiques et à des conditions de détention dégradantes. Débordées par la situation, les forces de police semblent ne plus maîtriser la situation, ce qui se traduit par une surenchère d’insultes racistes et d’exactions physiques. Ajoutons que ces lieux sont tenus au secret, ou presque.

Des enseignements politiques inquiétants peuvent être tirés de cette initiative.

Du point de vue de leurs fabricants comme de leurs utilisateurs, l’argument en faveur des Taser est que ce sont des armes destinées à neutraliser à distance les personnes dangereuses hors de tout contact physique, sans les tuer ni risquer sa propre vie. Or il se trouve que cette innocuité est contestée et que des sources concordantes imputent à ces instruments la cause de nombreuses morts ou lésions graves et invalidantes. La personne qui a été victime d’un tir de Taser au CRA de Vincennes a été évacuée dans un hôpital, ce qui, dans les conditions de mépris des personnes qui y règnent, démontre que les autorités ont craint une issue fatale.

Allons plus loin. Le Taser est en la circonstance introduit dans des lieux qui, selon la trompeuse formule officielle, ne relèvent pas de l’administration pénitentiaire. C’est-à-dire des zones de non droit où la justice n’exerce qu’exceptionnellement son droit de regard. Cette arme, encore une fois potentiellement meurtrière, a été utilisée pour mater une rébellion, complètement légitime, de personnes subitement privées des droits fondamentaux les plus élémentaires et soumises à un régime d’enfermement pire que celui de la prison de droit commun.

Pas de danger pour la sécurité des policiers

L’arme a été utilisée dans des circonstances carcérales où la sécurité des policiers n’était pas en danger. Alors pourquoi? Et faut-il supposer que les autorités de la république contrôlent assez peu leurs agents de répression pour permettre que le Taser traîne n’importe où à la ceinture du policier? Pourquoi pas demain dans les transports en commun?

Rappelons enfin que dans les CRA, nul citoyen ne peut pénétrer, hormis les parlementaires (qui ne s’y bousculent pas) et les bénévoles de la Cimade, qui fait ce qu’elle peut et qui bien sûr ne risque pas d’être témoin des exactions qui se produisent quand elle a le dos tourné.

Les plus anciens se souviennent que les CRA ont fait suite à la découverte, à Marseille en 1975 de la prison clandestine d’Arenc, contrôlée entièrement par la police, où étaient séquestrés des travailleurs immigrés en instance d’expulsion. Depuis 1964, la police y régnait en maître à l’abri des regards, sur la seule base d’un règlement de police de 1938 autorisant l’internement des étrangers sans papiers.

Nous voici rendus à deux hypothèses hélas! bien plausibles. D’abord, dans certains lieux tenus secrets, il peut se passer les pires horreurs, pourvu que cela ne transpire pas au dehors. Dans les CRA, la violence disproportionnée de la répression que subissent actuellement les étrangers en colère est visiblement une manière de leur dire: "Que cela ne sorte pas d’ici, ou vous allez le payer cher."

Tester les Taser dans les CRA obscurs

Dans cette optique, vu que les CRA sont justement destinés à garder sous la main des personnes qu’on ne parvient pas à expulser, à tout instant le meurtre est à l’horizon comme moyen ultime de rétablir le silence de plomb qui doit régner sur ces centres. Ensuite, donc, il est permis de supposer que les fusils Taser, justement parce que controversés, sont testés là, dans d’obscurs CRA, à l’abri des regards de la société civile, par de zélés fonctionnaires qui croient bénéficier d’un privilège d’invisibilité, sur des populations que presque tout le monde méprise ou ignore.

Nous serions alors, toutes proportions gardées, dans une logique où les rapprochements historiques ne manquent pas en matière d’expérimentations dangereuses sur les personnes humaines. On nous objectera que l’intention n’est pas prouvée et que l’erreur sera blâmée. Nous objecterons à notre tour, avec hélas! la certitude de n’être pas démenti par les faits, que le crime de jouer avec un engin de mort contre des détenus sans défense restera, comme toujours, impuni.

Des témoignages sur les Centres de rétention administrative (CRA)


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